La Mort Intime de Marie de Hennezel
Par Dr Hibbert le lundi 11 août 2008, 00:25 - Lien permanent
Un post tous les ans, voilà la régularité sur un blog !
Je voulais mettre un petit mot sur ce livre, La Mort Intime, de Marie de Hennezel. Il était temps que je le lise, depuis le temps que j'en entendais parler ! Pour ceux qui ne connaîtraient pas du tout, il s'agit d'un ouvrage de référence sur l'accompagnement du mourant. C'est un livre-témoignage où l'auteur, psychologue et psychanalyste, relate différentes expériences vécues auprès des patients, saupoudrées de réflexions personnelles.
En ayant tout juste fini de lire ce livre, j'ai un sentiment mitigé.
D'un côté, je dois reconnaître que le boulot de la psychologue est d'une utilité incontestable. Que l'accompagnement tel qu'il est fait semble apaiser les gens,diminuer les tensions et parfois même, guérir des symptômes somatiques de façon spectaculaire (confusion, récupérations motrices etc.)
De l'autre, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'au-delà de cette efficacité incontestable, l'investissement de Marie de Hennezel est trop important. Disons qu'il me semble hors de question dans mon avenir professionnel (dans l'hypothèse pas forcément improbable où je puisse faire de la cancéro) d'accompagner les patients comme elle le fait elle. Je ne crois pas que ce soit la place du soignant d'embrasser ses patients, d'aller à leur domicile pour les veiller jusqu'à leur mort, de prier avec les patients. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut pas demander cela d'un médecin. Je ne pourrai pas dire si l'on doit attendre cela d'un psychologue.
Il se pose donc la question de la "place" ou du "rôle" du médecin. C'est une question longue et complexe que je ne me vois pas détailler maintenant. Peut être est-ce à chacun de se faire sa propre définition de la place qu'il doit avoir. Personnellement, je ne me vois donc pas veiller des gens que je ne connais pas, qui ont une vie derrière elle que je ne peux pas soupçonner... C'est le rôle des proches, de la famille. Après, sur ce point, tout est affaire de concepts qui nous sont propres.
Sur la forme, l'ouvrage est écrit dans un style que je trouve pompeux. J'ai l'impression que les descriptions sont toujours lourdes, comme si l'auteur se forçait à trouver en permanence des adjectifs pour qualifier des situations qui n'en auraient peut être pas besoin. Au bout d'un moment, j'ai fini par remarquer ces accumulations.
Enfin, le champ lexical dominant est religieux : rite (on doit bien trouver ce mot plusieurs dizaines de fois dans ce livre !), âme, prière, bénir, sacré... Même si la mort est empreinte de religion chez beaucoup de gens. Après, ce ne saurait être un reproche, même si je ne partage pas les convictions de l'auteur, puisqu'elle a écrit là un ouvrage personnel, un témoignage personnel. Cependant, on aurait presque l'impression qu'il faut savoir chanter des prières et réciter des Notre Père pour bien accompagner les mourants. Comme je ne me reconnais pas du tout là dedans, c'est certainement pour ça que ça m'a gêné.
Je m'attendais à un ouvrage plus objectif en fait, donnant des conseils pour faire face à un mourant, en tant que potentiel médecin. Je trouve un livre personnel. J'en tire cependant encore l'enseignement que parfois, des symptômes peuvent s'amender de façon quasi-inexplicable, quand on prend le temps de comprendre la situation. Globalement, je trouve que Marie de Hennezel, par son immense implication, manque un peu de recul.
Certainement, des gens ne vont pas être d'accord avec moi... Mais, c'est normal !