La badgeuse biométrique : un lecteur de code-barre humain
Par Dr Hibbert le mercredi 4 juillet 2007, 22:00 - Dr Hibbert - Lien permanent

Pour la troisième année consécutive, je travaille comme aide-soignant dans une maison de retraite. Les choses ont changé depuis l’an dernier : changement de direction, rachat de l’établissement par un groupe… Et, il a été mis en place un système de « badgeuse ».
Déjà , la badgeuse n’en est pas vraiment une, parce qu’on n’a pas de badge. En fait, il s’agit d’une pointeuse biométrique. Le matin à l’embauche, le soir avant de partir, mais également à la pause de 10 heures et celle de midi, il faut (faudrait !) passer son doigt devant un lecteur d’empreinte digitale pour pointer.
Il y a plusieurs aspects des choses qui m’ulcèrent énormément dans la mise en place d’un tel système. D’abord, l’intention apparaît comme étant du « flicage » : il faut pointer à l’heure juste, pointer comme pour prouver qu’on est physiquement présent (dès fois qu’on se serait fait remplacer par un hologramme de nous-même). Le seul fait de voir les gens ne suffit pas ; le code-barre est plus fiable que les yeux. De plus, il faut être sûr qu’ils soient là dès 07h00 :00 et qu’ils ne partent pas une seconde en avance !
Ensuite, l’aspect biométrique de la chose est pour moi une évolution dangereuse. Qui nous dit qu’en cas de besoin, la police ne récupérera pas les données des empreintes des personnels ? Cependant et heureusement, la machine n’est pas (encore !) reliée à un réseau…
On m’a vaguement dit qu’il fallait que j’aille faire enregistrer mon empreinte. Personne n’a pris la peine de m’en reparler et de m’expliquer l’intérêt d’une telle procédure. Je suppose qu’on m’opposera un intérêt à cette machine : c’est le règlement des heures sup’. Effectivement, si tu badges à 14H47 alors que tu devais finir à 14H15, ça devrait pouvoir prouver que tu fais des heures sup’. Mais, quel est l’intérêt de la feuille de déclaration des heures supplémentaires si le paiement est automatisé ? Bien évidemment, il y a des heures sup’ qui n’en sont pas vraiment : les salariés adorent tellement leur environnement de travail que s’ils restent en plus, c’est pour le plaisir de rester ! Alors, il faut justifier et dire pourquoi tu as fait 32 minutes d’heures sup’, ce que la badgeuse ne permet pas.
Je dois être plus con que la moyenne parce que j’ai bien l’impression le seul à être choqué par ce lecteur de code-barre humain. Personne ne s’est offusqué de sa mise en place. C’est normal. Et, quand bien même ça n’aurait pas été normal, « tu comprends, c’est le groupe qui a mis ça en place… ».
Eh bien non, je ne comprends pas ! Je ne comprends pas qu’on puisse se faire scanner comme on scanne des yaourts ou des boîtes de coton-tige à Super U. Comme je ne comprends pas, je ne « badge » pas, je ne « pointe » pas. Ca fait près d’une semaine que j’y suis, que je n’ai pas pointé. Mais, mon boulot est fait, je pars même souvent un peu après l’heure prévue – des minutes qui s’accumulent de jour en jour et que je ne transforme pas en heures supplémentaires -, je prépare à l’avance les animations pour les résidents... Quoiqu’il en soit, personne ne s’en est aperçu ! Utile, le « badgeage » ! Quand on pense que ce genre de machine doit bien valoir entre 200 et 500€…
Commentaires
Je tiens à réagir à cette "attaque" envers les pointeuse biométrique.
Le but n'est pas de fliquer les personnes, mais plutôt d'automatiser un système plutôt contraignant. Comme toute avance dans le progrès, il y a toujours des choses qu'on ne peut ou qu'on ne veut pas comprendre. Ici il s'agit bien (en tout cas j'en suis quasiment sur) d'une amélioration pouralléger le travail administratif.
Vous parlez de feuille d'heur sup, donc vous avouez qu'une personne doit reprendre toutes les fins de mois la série de feuille d'heure sup de chaque personne manuellement pour les rentrer dans un système de comptage des heures, ce qui devient rapidement "chiant"....
De plus, les données biométrique à l'intérieur de la machine sont codées suivant un algorithme assez compliqué dans le cas de votre machine, et sur les nouvelles générations (machine qui va par exemple mesurer votre main), il n'y a nul part de photos mais seulement des séries de nombres relatifs à des mesures, ce qui ne permet en aucun cas de reconstituer la main ou le doigt ou l'iris d'une personne. Et même si les machines seraient branchées sur des réseaux, ces réseaux serviraient uniquement à récupérer les données de la pointeuse, cà d les heures et les noms des personnes.
Je peux comprendre certaines réticences avec ces machines d'un type nouveau (bien qu'elles soient maintenant très répandues) mais apparemment, même avec une badgeuse normale, vous vous opposeriez. Le fait que cette badgeuse soit biométrique apporte juste le manque du badge, badge qu'il est facil de perdre, échanger, voler, .....
En dernier lieux, pour le prix par contre, je pense que vous visez trop bas. Le peu de prix que j'ai en tête sont au dessus des 500€, mais de même une badgeuse dépasse largement les 200€ et arrive facilement à 500.
Je partage sans réserve l'avis de Dr Hibbert sur les pointeuses, et a fortiori sur les pointeuses biométriques.
J'irai même plus loin en disant (et ayant travaillé dans des servces transversaux de grandes administrations j'en sais qqchose) que les pointeuses sont souvent des éléments contre-productifs, dans la mesure ou l'employé en vient à se focaliser sur ses heures presque de manière obsessionnelle, et la mission qui lui est confiée en vient à passer au second plan. "'limportant, c'est de faire ses heures !".
En somme, un mélange de taylorisme dans la méthode, et de soviétisme dans le résultat.
Rigide, déresponsabilisant.