Mutualisation, décloisonnement…

La « mutualisation » est le maître-mot de ce projet de réforme. C’est-à-dire que seront mis en commun des enseignements pour toutes les filières concernées par cette réforme, à savoir médecine, dentaire, maïeutique et pharmacie (les paramédicaux sont épargnés… pour l’instant !)

Le but de ce rapport est de voir comment on va réussir à transformer la maquette des études de santé, en maquette type LMD (parce qu’il faudra y arriver de toute façon, puisque nos organisations représentatives comme l’ANEMF ont soutenu le projet à corps et âmes, souvenez-vous…) : bref, tout l’art de mettre «le cube dans le rond !

L’esprit de ce rapport de commission tourne également autour du « décloisonnement » : en gros, en mettant tout le monde dans les mêmes amphis (même si tout le monde ne rentrera pas, et surtout, même si le rapport lui-même préconise l’utilisation des système de visioconférences), on espère que les futurs acteurs des filières de santé vont pouvoir « renforcer leurs liens ».

Alors, quel est l’intérêt de l’application de ce moule LMD ? Faire en sorte que les futurs médecins puissent dire : « regarde, j’ai une licence de santé ! – Ca sert à quoi ? A rien… ». Faire en sorte que les sages-femmes puissent, après 5 ans d’études, arborer leur licence. Il ne s’agit pas d’une erreur, les sages-femmes devront demander la permission du ministère pour avoir leur master. Et il est à craindre que les masters pourraient être distribués au compte-gouttes vu que le salaire n’est pas le même entre une licenciée et une « mastérisée ».

Le modèle LMD va permettre aux nombreuses personnes qui choisissent de faire médecine (M), pharmacie (P), dentaire (O) ou sage-femme (SF) et qui se disent qu’elles n’ont pas envie d’exercer, d’avoir un diplôme au rabais comme le master de santé ; lequel master servirait à travailler dans la recherche (mais de nombreux médecins, pharmaciens sont dans la recherche et y occupent les postes-clés) et dans la santé publique (mais il existe des médecins de santé publique, quel serait leur avenir ?).

Le L1 santé

La réforme LMD marche par Unités d’Enseignement ou UE (les mêmes UE que l’on passe dans les masters 1 de sciences biologiques et médicales, les anciennes MSBM). Il y en aurait de 3 types :

• les UE mutualisées : communes à toutes les filières (M, P, O, et SF), correspondant à 80% du volume horaire de L1,

• les UE spécifiques : elles seraient propres à chaque filière,

• les UE optionnelles : sur la recherche, par exemple…

Les concours seraient séparés et l’étudiant pourrait présenter tous les concours. On limite la possibilité d’inscription en L1 à deux fois. Donc, les étudiants qui échouaient en P1 après deux tentatives et qui peuvent actuellement se réorienter en pharma (et souvent réussir plus facilement le concours de PCEP1, tout aussi sélectif) ne le pourraient plus.

La capitalisation des UE permet à l’étudiant de conserver des acquis validés en cas de réorientation, ce qui est une bonne chose, soyons honnêtes !

Par contre, une réorientation serait possible à la fin du 1er semestre (au bout duquel 2/3 des UE seraient validés ! cf. page 12 du rapport). Partir en milieu d’année, en abandonnant sans avoir eu les cours du second semestre avec parfois de nouvelles matières non enseignées en premier semestre, intégrer un autre cursus en cours de route peut être difficile. Ceux qui veulent arrêter en milieu d’année le peuvent déjà mais ils n’ont rien, ici on leur donne des UE en plus, si ils les ont validées, bien sûr.

Une note seuil de redoublement serait fixée à 6/20. Il faudrait être plus souple, comme ça a été instauré à Nantes cette année, le redoublement dans le cas où l’étudiant a obtenu moins de 6/20 au concours soit motivé (lettre de motivation et oral). Il peut y avoir des accidents de parcours et il est inhumain de refuser le redoublement à des gens qui auraient eu des problèmes de santé, de famille etc. Il a été posée la question (non approuvé par tous) de supprimer toute possibilité de redoublement, et d’organiser 2 sessions par an (une en mai, une en septembre). Ca vous tente, futurs P1 !!! 12 mois à travailler à fond, d’affilée ?

La question de la prime aux non-redoublants a suscité des débats au sein même de la commission (tout ce qui précède a été approuvé à l’unanimité, si on en croit le rapport !). Ce serait bien évidemment contraire au principe de l’égalité entre candidats si elle était proposée en terme de points-bonus. Donc, la commission a réfléchi sur une alternative approuvée à la majorité : cette prime consisterait aux étudiants qui ont tenté une seule fois le L1 santé, et qui ont validé les UE des deux premiers semestres (les reçus-collés en somme) pourraient intégrer le L2 santé après sélection sur dossier et entretien.

Le L2 santé

L’admission en L2 santé suppose la validation du L1 et du concours. Puis, la commission a décidé d’insérer ce que j’espère être une blague dans le rapport. Je vous la cite, car ça vaut le coup d’œil ! Je « coupe large » pour qu’on ne me reproche pas de sortir les choses de leur contexte.

« Un accès direct, qui n’existe pas actuellement, pourra être envisagé à un niveau de Licence, voire de Master validé, pour des étudiants non intégrés dans une formation conduisant à une profession de santé et pourrait concerner des étudiants d’horizons très divers tels que les étudiants en Sciences Humaines et sociales, en Droit, en Sciences biologiques, physiques, chimiques, mathématiques…. La définition de ce niveau d’intégration repose sur le fait qu’il convient certes d’enrichir l’origine des étudiants souhaitant suivre des études dans le domaine de la Santé, mais qu’il faut également respecter la filière classique, le niveau élevé de l’enseignement délivré pendant la première année et le fait qu’il existe une sélection par concours à la fin du L1. Tant le niveau d’intégration que l’évaluation des dossiers des étudiants susceptibles d’être concernés seront placés sous la responsabilité de l’équipe pédagogique de Licence. Il a été souhaité par la Commission, que ces accès directs puissent concerner un nombre significatif d’étudiants et il a été envisagé d’évaluer ces flux entrants d’étudiants à environ 5 à 10 % du numerus clausus pour chacune des 4 filières. Dans tous les cas, cet accès direct se fera après évaluation des dossiers des étudiants concernés et après entretien. »


Il y a un très gros problème avec ce point… Pendant que 90% des gens ont une ambition, une vocation pour travailler dans la santé et se sont cassés les dents à passer le concours du PCEM1 ou du PCEP1, on aura droit à 10% de ce qu’il faudra bien appeler des arrivistes, qui, sous réserve qu’ils soient excellents dans leurs domaine, parlent bien à l’oral (ou aient quelques relations bien placées…), pourront shunter le concours du L1 ! C’est lamentable et irrespectueux de tous les étudiants qui tentent de passer ces concours.

On essaie de mettre des passerelles partout maintenant. On veut faire en sorte qu’un étudiant de L3 de droit puisse un jour devenir chirurgien facilement… Mais dans la vie, et dans son orientation, il faut savoir être logique. Pour être médecin, on fait médecine, pour être dentiste on fait dentaire, pour faire pharmacien, on fait pharma, pour faire sage-femme, on fait sage-femme !

Renversons la situation : je me vois mal, sous prétexte que je suis en quatrième année de médecine, prétendre intégrer directement la deuxième année de droit, d’histoire ou de socio !!! Je n’en ai pas les capacités, je n’ai aucune base ! C’est exactement ce qu’on nous propose ici. J’ose espérer que nos représentants étudiants, soit nous diront qu’il s’agit d’un incroyable malentendu, soit qu’ils se sont endormis durant la concertation !!!

La mutualisation serait toujours possible en L2.

Le L3 santé

L’accès en L3 suppose la validation du L2. Mais là encore, il y a des passerelles. L’arrêté du 26 mars 1993 permettant l’accès des ingénieurs des grandes écoles, des élèves de Normale Sup d’accéder en D1 (donc L3 dans le projet) resterait globalement en vigueur mais serait précisée la liste des écoles et formations concernées. Il serait ajouté à cette liste, les titulaires d’un doctorat d’Université notamment en sciences biologiques et médicales : ceci paraît plus logique que de permettre à des étudiants n’ayant eu aucun lien avec la santé de shunter le concours de L1. Mais attention encore, sur examen, il serait possible de laisser d’autres doctorants dans d’autres domaines (on peut imaginer ce qu’on veut a priori)

Les autres professions de santé, non médicales pourraient après un exercice ayant duré un laps de temps à déterminer, intégrer les formations en L3. Enfin une passerelle logique ! Là encore, on y consacrerait 5 à 10% de flux entrant en L3, s’ajoutant au flux entrant en L2.

Le rôle de la licence

Permettre d’accéder à des formations telles que visiteur médical, prothésiste, des professions paramédicales…
Avoir un diplôme pour tirer parti des 3 années d’études passées…

Le Master

Comme il a déjà été dit plus haut, les SF n’auront leur master pro qu’au cas par cas, sur demande auprès du ministre.
Il serait créé des UE thématisées regroupant pratique (stages) et théorie. Il est également précisé que le deuxième cycle des études de médecine ne serait pas bouleversé dans la mesure où la réforme créant l’ECN est récente (par contre, ça ne les gène pas de revenir aux inter-régions…)
La mutualisation se poursuivrait : des enseignements de gynéco-obstétrique pourraient être communs aux médecins et aux sages-femmes par exemple.
Les pharmaciens et les dentaires auraient leur master à Bac+5 (ne permettant pas de prescrire ou d’exercer !) et l’année suivante leur doctorat. On imagine l’utilité de ce master. Ici, il ne s’agit que de coller à un stéréotype LMD…
Pour les médecins, on garde la 6ème année pour préparer l’ECN, mais les enseignants veulent avancer la date de l’ENC en février pour que le stage commence le 1er mai et non pas le 1er novembre, compensant sur l’augmentation de la « durée du DES », comme il est dit dans le rapport (lequel ?!?), passant de « 4 à 5 ans » (certains sont déjà à 5 ans, la médecine générale est à 3 ans…) Au final, ça ne rallongerait que de 6 mois… Ca ne reste qu’une hypothèse de travail.

Il y a un paragraphe relativement incompréhensible dans ce rapport dans ce paragraphe sur les masters :

« Par contre, dans la mesure où une réforme du LMD impose une réorganisation de l’enseignement durant les années de Licence destinées notamment à éviter les redondances, entre certaines matières telles que la Biologie cellulaire, la Biologie moléculaire, la Biochimie, la Génétique et l’Histologie et où une partie de l’enseignement fondamental de spécialités délivré en début de cursus pourrait être dispensé plus tard, il paraît tout à fait possible d’avancer la fin de l’enseignement théorique de l’actuel deuxième cycle, d’avancer la date du CSCT et donc d’avancer la date de l’ECN si celui-ci est maintenu. »

Eh oui, on pense à supprimer l’ECN ! Même pas 5 ans de durée de vie ?

Pour les pharmaciens, il y aurait une synchronisation master – internat, le concours de l’internat se déroulerait en 5ème année.

Le rôle du master

Je cite seulement le rapport :

« Le Diplôme de Master pourrait permettre à des étudiants qui ne désireraient pas exercer un métier orienté vers la prescription ou l’exercice de soins, de s’orienter précocement vers des métiers tels que la Recherche, les métiers orientés dans le domaine de la Santé Publique, de l’Economie de la Santé, et permettrait par ailleurs très probablement, après validation d’Unités d’Enseignement complémentaires dédiées à la Pathologie et aux Soins, d’avoir accès à de nouveaux métiers de Santé.»

C’est ballot de faire un master pro santé si on ne veut pas prescrire ou exercer… La santé publique n’est déjà pas très valorisée, ce paragraphe sous-entend qu’on pourrait la pratiquer avec un master…




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