Témoin de Jéhovah et transfusion sanguine
Par Dr Hibbert le samedi 5 août 2006, 15:34 - Médecine - Lien permanent
Ce matin, après avoir discuté près de trois quarts d’heures avec deux témoins de Jéhovah, mon père m’a ramené leur brochure mensuelle (pour info : « Réveillez-vous ») avec en une « le Sang, pourquoi est-il si précieux ? ». C’était la première fois que je lisais un outil de propagande des témoins de Jéhovah, moi qui suis un athée inconvertible.
Une dizaine de pages est consacrée à ce thème : c’est l’illustration parfaite de ce qu’on appelle la « malhonnêteté intellectuelle ». Données biaisées, inconvénients de la transfusion au poing, cet article fait partie intégrante d’une dangereuse (et je le redis) propagande.
- L’auteur (dont on ne connaît pas le nom, ce qui est singulier pour un « journal ») insiste sur le fait que le sang transporte beaucoup de bonnes choses mais aussi les déchets. Il insiste sur le très dangereux dioxyde de carbone (« qui est toxique » précise t-il…). Imaginez qu’on puisse vous transfuser du sang, qui plus est, contient du… CO2 !!!! Une précision pour ceux qui ne le sauraient pas : notre sang contient naturellement du CO2 et le sang d’un donneur d’organes n’en contient pas plus qu’un autre.
- Le sang contient aussi des débris cellulaires. Ce n’est pas faux, mais l’Homme possède des structures qui permettent de recycler ces débris (foie, rate…) ou de les éliminer sans problèmes (intestin, rein…) Et encore une fois, notre sang ne contient à priori pas plus de déchets que celui de notre voisin ! Et au pire, on les élimine !
- Dans cet article, le médecin et le chirurgien apparaît comme étant un vrai saligaud qui n’attend que la première occasion pour vous transfuser… A lire ce journal, on a l’impression qu’à la moindre opération, on vous passe 10 culots !
- Les exemples d’incitation au don du sang ne viennent pas de France et sont caricaturaux (donner son sang contre de la bière en république Tchèque par exemple)
- L’article insiste sur l’insécurité qu’a tout un chacun à recevoir du sang. Cela dépend des infrastructures et de la conservation du sang, qui sont maintenant extrêmement sécurisées en France. (un seul scandale du sang contaminé suffit) Les conditions pour donner son sang sont très strictes.
- Il est écrit que « les membres du personnel soignant font très attention à ne pas entrer en contact avec du sang ». Sous-entendu qu’on nous transfuse des trucs qui font peur aux médecins ! Petite différence : le sang du culot n’est pas le sang du patient lambda. Il est conditionné, contrôlé, déleucocyté… On ne transfuse pas du sang total. Le sang transfusé ne contient ni VIH, ni hépatite B, C…
- On nous parle tout au long de l’article des stratégies alternatives à la transfusion. C’est bien, mais on ne nous en nomme pas une seule dans tout l’article. Par contre, on a la pub d’un DVD intitulé justement « stratégies alternatives à la transfusion », qu’un témoin de Jéhovah pourra vous montrer sur demande. Heureusement, je connais une alternative à la transfusion sanguine : l’utilisation des solutés macromoléculaires. Ils luttent contre la perte de sang en attirant l’eau des tissus dans les vaisseaux. Mais ils ne luttent que contre la baisse de tension, l’eau n’ayant jamais servi à transporter une quantité phénoménale d’oxygène. Ce n’est qu’une solution transitoire en attendant les culots au besoin, qui sert en réa.
- Pas une seule fois dans l’article on nous parle de la quantité incroyable de vies sauvées par la transfusion ! C’est là le summum de ce que j’ai déjà appelé la malhonnêteté intellectuelle.
Commentaires
Vies sauvées par la transfusion!!! vous me faites rire docteur. Combien sont encore en vie et en très très bonne santé? A vous entendre, j'ai l'impression d'écouter un vieux personnage proche de la retraite qui reste sur des vieilles méthodes sans avoir cherché à progresser ou à innover.
Merci de ton commentaire.
Pour répondre, non, je ne suis pas un "vieux personnage proche de la retraite qui reste sur des vieilles méthodes sans avoir cherché à progresser ou à innover"... Mais je crois savoir qu'on n'a actuellement rien qui ne remplace le sang. Les solutés macromoléculaires type colloïdes ou cristalloïdes n'ont jamais eu pour but de remplacer la fonction du sang (plus précisément du globule rouge, puisqu'on transfuse des culots globulaires), ce ne sont que des liquides de remplissage. Donc, je veux bien que l'on applique des alternatives à la transfusion, mais actuellement, on en a AUCUNE ! Quand tu as un accidenté de la route avec une fracture de la rate, tu auras beau remplir avec des colloïdes, tu auras l'air fin... Idem si tu as un patient avec des rectorragies etc. Si jamais tu avais des alternatives à me proposer, vas-y, je suis "open"... Mais force est de constater que ton message ne fait pas tellement avancer le débat !
Je reconnais qu’il existe un véritable défi à relever pour le médecin à prendre en compte les scrupules religieux de certains patients. Une pédiatre avait chaudement recommandé à ma fille (25 ans), Témoin de Jéhovah, d’avorter, suite à un examen réalisé et qui pour ce pédiatre jetait un doute sur l’intégrité physique du fœtus. Nous sommes heureux que notre fille ait pris, de son initiative, un second avis (en contradiction avec le premier) et assumé le risque de sa grossesse. Notre petite fille, âgée aujourd’hui d’un an est charmante et en excellente santé. Des années auparavant, mon beau-père a refusé une opération du foie, qui lui était préconisée en urgence. Une grosseur s’y trouvait, en plein centre, qui grossissait de jour en jour. Devant le refus de recevoir du sang, exprimé avant l'opération par mon beau père, le chirurgien a tenté un traitement médicamenteux. Vingt ans après, mon beau-père âgé cette année de 94 ans ne ressent aucune séquelle de cet incident de santé. Le chirurgien, à cette époque, m’a confié après coup, « heureusement que l’on n’a pas opéré, vu l’état des veines de votre beau-père, il m’aurait claqué entre les doigts ». Les scrupules religieux ont donc sauvé deux personnes qui me sont proches. Ceci dit, je ne me reconnais pas le droit de conclure rapidement là -dessus. Les situations sont complexes et je reste persuadé que dans certains cas, les situations d’interruption de grossesse (grossesse extra-utérine par exemple) et le choix d’une transfusion de sang ou de ses composants (en cas de forte hémorragie) sont des choix avisés pour sauver une existence. Dans beaucoup d’autres cas je connais des anesthésistes qui, lorsque c’est possible, prescrivent des traitements à base de fer ou utilisent l’EPO pour préventivement opérer avec une marge de sécurité accrue et éviter la transfusion. D’autres, des chirurgiens, recourent à des pratiques de cautérisation soigneuses au cours de l’opération, pour minimaliser les pertes, il existe d’autres méthodes, que je peux vous communiquer, mais ce n’est pas là l’objet principal de mon message au jourd'hui. Je voulais en venir au point de vue éthique, au respect de l’opinion, même extrême d’un patient qui s’appuie sur des notions philosophiques ou religieuses. Le sujet est délicat et je sais combien il plonge le corps médical dans une situation difficile et souvent tragique par rapport au désir de faire tout ce qui préserve la vie et facilite la guérison. Le mauvais dialogue serait de se renvoyer les cas où les transfusions seraient responsables des complications opératoires ou post-opératoires, contres les cas ou le refus de transfusion a causé le décès du patient. Chacun citant ses statistiques du risque encouru, dans un cas ou son opposé. La décision de santé est un risque personnel aussi, mais qui doit reposer sur une information claire et honnête, le moral, la force mentale et la confiance en son praticien étant des facteurs qui favorisent la bonne réaction à l’acte médical. Placer le patient au centre de l’acte thérapeutique, en lui précisant les avantages et les risques du traitement entrepris, les possibilités d’alternatives sont aujourd’hui un devoir du praticien qui a souvent été négligé auparavant pour diverses raisons, dont le constat d’incapacité du patient à comprendre l’ensemble des concepts et des données exprimées. Aujourd’hui, les Témoins de Jéhovah coopèrent avec des médecins et des avocats pour comprendre la position du corps médical, le cadre de ses pratiques, les protocoles de traitement. Dans la majorité des cas, ils s’entendent, avec respect et bonne intelligence avec des praticiens soucieux de respecter leur choix thérapeutique (pour les mineurs, la situation ne se pose pas puisque le justice peut rapidement intervenir pour laisser au médecin l’entière responsabilité du traitement qu’il décide d’imposer en toute conscience). Les Témoins de Jéhovah se révèle être dans la majorité des cas des patients responsables et coopérant. Pour les Témoins de Jéhovah, des correspondants médicaux spécialement formés, fournissent les adresses de médecins qualifiés et possédant suffisamment d’expérience dans les méthodes de substitution aux transfusions sanguines. Mais vous avez raison de dire qu’à l’heure actuelle, les produits de substitution ne savent pas assurer l’ensemble des fonctions que le sang assure. C’est donc une situation dramatique qui se présente quand le sang reste la seule solution thérapeutique. Mais quand une conviction est inscrite profondément chez un individu, par ailleurs en pleine possession de ses facultés de choix, il est délicat pour le médecin de tenter de recourir à la force. Doit-on intervenir de force quand une mère décide de garder l’enfant qu’elle porte, malgré un diagnostic qui prélude d'un d’handicap chez l’enfant à naître ? Ces questions éthiques sont lourdes et graves, mais en général nos sociétés raisonnables tentent, avec de la pédagogie et l’amélioration des techniques de faire face avec subtilité à la confrontation des situations extrêmes. En disant cela et conscient de la complexité d’un débat qui ne se résume pas à quelques simplifications primaires, je vous exprime tout le respect que je ressens sincèrement pour votre métier et le souci responsable que vous avez de l’assumer au mieux des intérêts de vos patients. Sincèrement W.F.
Merci pour ce billet cher Dr Hibbert.
Effectivement, sous un verni de discours liberté du choix médical se cache le fondamentalisme exacerbé des Témoins de Jéhovah. Leur choix ne se repose ABSOLUMENT PAS sur les dangers ou les risques de la transfusion, mais sur un INTERDIT INTEGRISTE INTERPRETE de la bible.
Il est ainsi parfaitement notoire dans le milieu des Témoins de Jéhovah avertis et des ex-TJ que la société Watchtower tord le sens des passages invoqués trompant l'auditeur.
La démonstration est disponible ici :
http://www.viaveritas.fr/Bon-sang-m...
http://www.viaveritas.fr/Saint-le-s...
Vous avez pu le constater que les Témoins de Jéhovah déplacent le débat sur un terrain où est absent la base même de leur raisonnement.
Comment peut-on accepter une application littérale de la non-absorbtion du sang que les Juifs eux-mêmes n'appliquent pas à la transfusion ? Comment peut-on tolérer ce lobbying jéhoviste de personnes croyant fermement que nous sommes issus d’un couple unique apparu il y a 6000 ans d’un coup de baguette magique(sans consanguinité), que le déluge de Noé a eut-lieu sur toute la terre et que les koalas et kangourous sont donc rentrés après à la nage chez eux en Australie et que 99% de l’humanité va bientôt périr dans la guerre déclarée par Jéhovah et que seul eux, les élus, seront sauvés avec le sourire en plus de voir assassinés ceux qui ont refusé de se convertir ?
Les TJ refusent tout esprit de contradiction de leur dogme mais s’acharnent à culpabiliser les anesthésistes et chirurgiens qui pratiquent la transfusion sanguine. Est-ce honnête ?
Cordialement.